Rencontres parlementaires 2026 de la Fondation de France : pluralisme et indépendance des médias, quels enjeux pour la philanthropie ?
Le 30 mars dernier, la Fondation de France a réuni au Palais du Luxembourg parlementaires, fondateurs et acteurs de l’intérêt général à l’occasion de la troisième édition des Rencontres parlementaires. Au cœur des échanges : les défis auxquels sont aujourd’hui confrontés les médias, piliers de la vie démocratique, et le rôle que peut jouer la philanthropie pour contribuer à préserver leur indépendance et leur pluralisme. Un sujet auquel est consacré le Carnet de l’Observatoire Philanthropie et Société de la Fondation de France, présenté en avant-première pour l’occasion.
Placée sous le patronage de Thomas Dossus, sénateur du Rhône, cette rencontre a offert un espace de dialogue sur la crise profonde que connaissent les médias et le rôle que peuvent jouer les fondations.
« Ce débat tombe à point nommé », a souligné Thomas Dossus, évoquant un contexte marqué par une forte polarisation du débat public, « notamment sous l’effet du numérique et d’algorithmes opaques qui conduisent à des manipulations inédites ». Face à cette « zone de turbulence pour la vie démocratique », il a appelé à « construire des contre-pouvoirs et armer les citoyens pour renforcer la démocratie ».
Cette rencontre était animée par Perrine Tarneaud, directrice de l’information et des rédactions de Public Sénat.
« Préserver la démocratie est un sujet qui peut paraître a priori éloigné des priorités du secteur philanthropique, mais c’est oublier que la démocratie est une condition nécessaire à l’action des fondations et associations pour l’intérêt général », a rappelé Axelle Davezac, directrice générale de la Fondation de France, en ouverture de la discussion. « Et pour que la démocratie fonctionne, il est essentiel que les citoyens puissent se forger leurs opinions à partir d’une information fiable, indépendante et plurielle. En ces temps où la démocratie est parfois remise en question, la philanthropie doit s’engager et agir notamment en soutenant les journalistes et les médias indépendants et locaux, mais aussi en favorisant le développement de l’esprit critique et l’éducation aux médias et à l’information ».
Un secteur médiatique soumis à des tensions multiples
Gilles Marchand, directeur Initiative Media Philanthropie de l’Université de Genève, a rappelé les problématiques qui touchent le secteur médiatique français et européen : « Les médias sont confrontés aujourd’hui à une double crise : une crise structurelle, notamment liée aux modèles de financement, et une crise culturelle, liée aux usages ». Il a par ailleurs alerté sur l’ampleur de la désinformation en Europe qui alimente la « fatigue informationnelle » et conduit à un délitement de la participation démocratique.
Nathalie Sonnac, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’Université Paris Panthéon-Assas, a souligné l’ampleur des bouleversements liés au numérique : « Les médias traditionnels ne sont plus les premiers référents de l’information. Aujourd’hui, tout un chacun peut devenir un diffuseur d’information : dans l’espace public se mélangent information et désinformation. Les plateformes numériques participent à la fragmentation des publics ». Cette évolution contribue selon elle à remettre en cause l’espace public informationnel, garant de l’exercice de la citoyenneté et de la vitalité démocratique.
Parmi les pistes possibles, Nathalie Sonnac a évoqué la labellisation des médias, citant la norme internationale Journalism Trust Initiative (JTI). Lancée par Reporters sans frontières en 2018, cette initiative permet aux citoyens de mieux se repérer dans un espace informationnel de plus en plus complexe où il devient difficile de distinguer les informations des opinions.
Le rôle possible des fondations
L’éducation aux médias et à l’information constitue en effet l’un des axes d’action retenu par les fondations, en particulier à destination des jeunes générations. C’est l’une des missions que s’est fixée la Fondation Sept Ans : « Les enfants ont une capacité de regard critique qui est souvent sous-estimée. Il est essentiel de les accompagner dans le développement de cet esprit critique », a expliqué Nicolas Binet, son fondateur. La fondation soutient par exemple l’association Entre les lignes, qui intervient dans les collèges et les lycées pour développer l’esprit critique des jeunes en les amenant à se questionner pour décrypter les informations. Ou encore l’association LaReponse.Tech, qui développe Vera, une solution de fact-cheking en temps réel pour permettre à chacun de pouvoir vérifier des informations. Cette solution est une intelligence artificielle uniquement connectée à des sites de fact-checking et d'informations reconnues.
Au-delà de l’éducation à l’information, les fondations peuvent jouer un rôle structurant en consolidant des médias existants fragilisés, ou en accompagnant l’émergence de nouveaux médias. Comme mentionné dans le Carnet « Médias et démocratie », plusieurs fondations soutiennent ainsi directement des médias indépendants ancrés dans leur territoire.
Quand la fondation est directement engagée dans un média, « il est important de clarifier les modalités d’intervention de la philanthropie, en interrogeant notamment les intentions qui animent cet engagement, et les modalités de gouvernance et de soutien. Les médias doivent quant à eux questionner leur propre légitimité à être aidés et leur contribution à la société », a précisé Gilles Marchand.
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