Guy Chauvin : « À Branféré, faire de l’émerveillement la voie privilégiée de la prise de conscience »
Après près de 30 ans d’engagement au sein de Branféré, dont plus de 20 ans à sa présidence, Guy Chauvin partage son regard sur les grandes étapes qui ont marqué l’histoire du parc, confié par legs à la Fondation de France en 1988. L’occasion de revenir sur les valeurs qui ont guidé son action et une conviction qui demeure au cœur du projet : faire de l’émerveillement un chemin vers la prise de conscience et la protection du vivant.
Quelle est votre histoire avec Branféré et comment en êtes-vous devenu président ?
Je connais Branféré depuis toujours. Dès l’âge de 7 ans, j’ai découvert le parc en venant en vacances dans la maison de mes grands-parents, à quelques kilomètres de là. Enfant déjà, j’aimais beaucoup ce lieu. J’étais très proche des animaux et de la nature. Je le suis resté, engagé toute ma vie au service de la protection de l’environnement, le plus souvent à titre professionnel comme sur le plan personnel. Ensuite, il y a eu un concours de circonstances heureux. Quand j’ai été approché par André de Montalembert, alors président de Branféré, pour rentrer au conseil d’administration, en 1996, je venais de quitter le cabinet de Michel Barnier, alors ministre de l’Environnement, et André connaissait mon attachement à ce lieu. Je suis finalement resté 30 ans à Branféré (de 1996 à 2026), dont 21 ans en tant que président, et je n’ai pas vu le temps passer !
Quel regard portez-vous sur votre expérience à la présidence de Branféré ? De quoi êtes-vous particulièrement fier ?
Cette expérience a été pour moi très positive et passionnante. Branféré est un lieu singulier, très attachant, animé par une profonde empathie envers les animaux. Ils y jouissent de la plus grande liberté possible. J’ai toujours été particulièrement touché par la cohérence entre les dimensions naturelles et esthétiques du parc, mises en scène par les fondateurs, Paul et Hélène Jourde. Cette cohérence se manifeste aussi dans l’œuvre picturale très originale d’Hélène Jourde. C’est l’expression de la même quête d’harmonie, entre les vivants, qui constitue l’esprit des lieux et son charme si singulier. Ce qui me rend particulièrement heureux, c’est d’avoir pu contribuer à faire vivre cette vision tout en accompagnant le développement du parc. Cela n’aurait pas été possible sans la mobilisation de nombreux partenaires et la capacité à rassembler les moyens et les envies d’agir autour d’un même projet. La Fondation de France a joué un rôle central tout au long de ces années, avec à ses côtés la Fondation pour la Nature et l’Homme, ainsi que des fondations partenaires, comme la Fondation Édouard et Geneviève Buffard et la Fondation Adrienne et Pierre Sommer, ainsi que les collectivités territoriales : la commune de Le Guerno, la communauté de communes Arc Sud Bretagne, le Département du Morbihan et la Région Bretagne.

© Ferrante Ferranti
Quelles sont les évolutions majeures de Branféré auxquelles vous avez contribué au cours de votre mandat ?
L’ambition a toujours été de développer le parc tout en restant fidèle à ce que nous sommes. Plusieurs évolutions importantes ont ainsi marqué ces années. La création de l’École de la Nature, en 2004, avec la Fondation pour la Nature et l’Homme, a constitué un grand pas en avant. La pédagogie et la sensibilisation du public, notamment des jeunes générations, sont au cœur du projet de Branféré. Le parc s’est également développé avec l’aménagement de nouvelles zones, comme les plaines africaines et la vallée indienne. L’accueil du public a été renforcé avec la création du restaurant, de la boutique et de nouveaux bâtiments conçus par l’architecte Patrick Bouchain. Nous avons également développé les actions de recherche et les partenariats avec des associations œuvrant pour la protection des espèces en Afrique et en Asie, ainsi que les actions culturelles avec la mise en valeur de l’œuvre d’Hélène Jourde.
Ces différentes évolutions traduisent la multiplicité des facettes et des richesses de Branféré, qui s’articulent avec cohérence les unes aux autres à la manière de poupées russes. Le parc animalier, la pédagogie, la recherche, mais aussi les dimensions culturelles, artistiques et patrimoniales participent ensemble d’une même identité et se renforcent mutuellement autour d’un même projet : contribuer à la protection du vivant. L’enjeu a ainsi été de faire évoluer Branféré sans jamais perdre cette identité singulière, mais au contraire en se basant sur elle. C’est ce qui a guidé son développement au cours de ces dernières décennies et qui doit à mon sens continuer à inspirer ses choix à l’avenir.
Face aux enjeux actuels liés à la protection de la biodiversité et à l’éducation à l’environnement, quel rôle peut jouer un lieu comme Branféré aujourd’hui ?
Le rôle de Branféré est plus que jamais d’actualité. Entre 1970 et 2018, 73 % des animaux sauvages ont disparu[1]. Face à cette situation cruciale, le parc détient une véritable responsabilité en matière de sensibilisation et d’éducation à l’environnement, notamment auprès des jeunes générations. Paul et Hélène Jourde ont posé les fondamentaux de cette démarche d’éveil des consciences par le sensible et par la beauté : « Un parc pour s’émerveiller, une école pour apprendre ». Faire de la beauté de la nature, mise en scène à Branféré, un levier de prise de conscience, c’est susciter l’attachement au vivant : ce que l’on admire, ce qui nous touche, on tend à l’aimer et par conséquent, à vouloir le protéger. Cette mission de sensibilisation s’est illustrée à l’occasion du 60e anniversaire de l’ouverture au public du parc, en 2025, lorsque Branféré a réuni élus, partenaires, chercheurs et visiteurs autour de tables rondes et d’un symposium. Les Journées de l’intelligence animale, qui se tiennent à Branféré depuis 2025, vont dans le même sens. Une nouvelle voie a été ainsi ouverte, complémentaire des actions menées en matière de pédagogie et de recherche : faire de Branféré un espace de réflexion collective autour des enjeux liés au vivant. Dans la situation très difficile où se trouve aujourd’hui notre planète, il faut poursuivre inlassablement l’éveil des consciences sur la beauté inouïe et la fragilité du vivant, son unité profonde, en restant fidèle à l’identité originale de Branféré : faire de l’émerveillement la voie privilégiée de la prise de conscience.
[1] Rapport « Planète Vivante » de 2024 du WWF.
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