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Jeunesse et précarité : une approche globale pour mieux agir

18 septembre 2026

Face à la forte hausse de la précarité et de l'isolement des 15-30 ans, la Fondation de France se mobilise pour proposer un accompagnement global, collectif et adapté aux réalités des territoires. En agissant simultanément sur tous les leviers (logement, emploi, santé ou lien social), l'ambition est d'offrir à chaque jeune les moyens de se construire un avenir solide en toute autonomie.

Depuis plusieurs années, les conséquences de la crise sanitaire du Covid-19 et les tensions économiques ont engendré une précarisation des 15-30 ans. Selon les données de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), 1,3 million de jeunes âgés de 18 à 29 ans vivaient sous le seuil de pauvreté en 2021, soit 16,4 % de cette tranche d’âge. L'accès à l'emploi demeure un obstacle majeur pour ces publics : en 2023, le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 17,2 % selon l’INSEE, contre 6,7 % chez les 25-49 ans.

Des vulnérabilités multiples et interconnectées

La précarité ne se résume cependant pas à sa seule dimension financière : elle touche l'ensemble de la vie quotidienne, des relations sociales à l'accès à la culture. L'étude « Prospective Jeunesse » menée en 2023 par la Fondation de France montre à quel point les difficultés économiques et la solitude sont liées. La crainte d'accueillir des proches chez soi dans un espace inadapté ou le manque de moyens pour sortir finissent par isoler progressivement les jeunes, ce qui freine ensuite leur insertion sociale et professionnelle.

Trois publics apparaissent particulièrement vulnérables sur l'ensemble du territoire. Tout d'abord, les jeunes dits « NEET » (Ni en emploi, ni en études, ni en formation) qui représentaient 12 % des 15-29 ans en 2022¹. En milieu rural, l’éloignement géographique et le manque de transports aggravent cette situation, entraînant un renoncement fréquent aux soins ou aux études. Les jeunes issus de l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE) souffrent également de vulnérabilités renforcées par leur parcours et par la perte de soutien lorsqu’ils atteignent la majorité. Selon des données de la Fondation pour le Logement des Défavorisés², un quart des personnes sans-abri nées en France sont des jeunes qui ont été pris en charge dans le cadre de l’ASE. Enfin, les étudiants font eux aussi face à une précarité grandissante, accentuée par le coût du logement qui représentait 45 % de leur budget en 2024³, conduisant près d'un tiers d'entre eux à recourir à l'aide alimentaire ou à renoncer à des soins pour pouvoir se loger.

Une approche globale pour apporter des réponses efficaces

Pour apporter une prise en charge adaptée aux jeunes en tenant compte de la diversité des parcours de vie, le collectif d’action Nouvelles générations initié par la Fondation de France défend une approche globale et décloisonnée. Plusieurs moments charnières ont été identifiés lors du passage de l’adolescence à l’âge adulte (jeune de 15 à 25 ans) : premiers actes d’engagement citoyen, obtention des diplômes et du premier emploi, départ du logement familial, premières démarches entrepreneuriales…

Agir efficacement requiert cependant de la souplesse, car certains jeunes ont des besoins avérés entre 12 et 15 ans, ou qui persistent entre 25 et 30 ans. Un autre enjeu est de créer des liens entre les dispositifs d’aide aux jeunes existants, qui fonctionnent trop souvent de manière indépendante : formation et insertion professionnelle, lien social et engagement citoyen, mobilité, santé mentale, logement, etc.

Pour répondre à ces enjeux, la Fondation de France soutient dans trois régions (Hauts-de-France, Grand-Est et Auvergne-Rhône-Alpes) des initiatives qui intègrent cette approche globale en tenant compte des spécificités territoriales. Ces projets contribuent à créer des dynamiques collectives à l’échelle des territoires, grâce à la mobilisation de plusieurs acteurs présents localement.

Le Centre Rimbaud : repérer et accompagner les jeunes vulnérables dans le Forez

Dans le Forez, territoire rural dans la région de la Loire, l’association Rimbaud a mis en place une équipe mobile pluridisciplinaire constituée d’un éducateur spécialisé, de professionnels de la Maison des Adolescents de Roanne rattachée à l’ARS, d’un expert travaillant en « consultations jeunes consommateurs » et d’une infirmière, en charge du dispositif TAPAJ (Travail Alternatif Payé à la Journée). L’objectif de l’ensemble des professionnels est d’accompagner les jeunes de 12 à 25 ans en situation de vulnérabilités dans leurs démarches afin de favoriser l’accès aux soins, l’insertion professionnelle, la recherche de logement, et de leur apporter un soutien psychologique. Cette initiative s’inscrit dans la continuité du projet SIL’Jeunes (Santé Insertion Logement pour les Jeunes), porté pendant 9 ans par le Centre Rimbaud et enrichi au fil des années pour prendre en compte de nouvelles difficultés émergentes.

« Face à des problématiques de plus en plus lourdes et imbriquées, il est indispensable de proposer aux jeunes un point d’accueil unique, plutôt que de les égarer entre plusieurs dispositifs éparpillés. C’est tout le sens de notre équipe mobile, qui réunit des compétences complémentaires et qui va à la rencontre de ces jeunes pour leur fournir un accompagnement sur-mesure, explique Philippe Blanc, directeur adjoint en charge du pôle addiction / santé de l’association Rimbaud.

Engagée pour un soutien des jeunes sur la durée, l’association Rimbaud a également recours au dispositif TAPAJ qui propose des contrats de 4 heures (entretien dans le domaine public, déménagements, chantiers peinture, etc.), rémunérés directement à la fin de la mission par une association intermédiaire en charge des contrats de travail et des fiches de paie. A la clé : un regain d’estime de soi, un premier pied dans le monde du travail, mais aussi la rencontre, par l’intermédiaire de l’infirmière avec l’équipe du CAARUD (Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogue) afin de proposer un accompagnement en addictologie pouvant répondre aux besoins de chaque personne.

Enact’E2C : accompagner les jeunes dans un monde en mutation

Dans les Hauts-de-France, le dispositif Hauts les Jeunes initié par la Fondation de France soutient le projet Enact’E2C, un partenariat inédit entre l'association Enactus et l’École de la Deuxième Chance (E2C) du Grand Lille. Pensé pour des jeunes de 16 à 25 ans cumulant les difficultés (décrochage scolaire, situation de handicap, parcours au sein de l'Aide Sociale à l'Enfance), ce programme propose des sessions immersives d'une semaine par groupes de 10 à 20 jeunes durant lesquelles ils sont sensibilisés aux Objectifs de développement durable (ODD) et invités à concevoir leurs propres projets d'innovation sociale sur des sujets qui les touchent directement, comme la lutte contre la pauvreté ou l'égalité femmes-hommes. « Le projet Enact’E2C vient apporter une brique supplémentaire à l’accompagnement habituel de l’école, qui dure plusieurs mois, et à l’issue duquel plus de 60% des jeunes sortent avec un emploi ou une formation qualifiante, explique Eglantine Dewitte, directrice générale de l’E2C Grand Lille.

En leur transmettant des clés de lecture pour comprendre les nombreuses transformations de la société (transition écologique, problématiques démocratiques et citoyennes, monde du travail en pleine évolution) et en développant leur pouvoir d'agir, ce parcours renforce leur confiance en eux avant d’occuper un emploi ou de démarrer une formation. Pour renforcer l’impact des actions menées, l’E2C milite pour une prise de conscience générale des besoins de ces jeunes et de la nécessité d’un suivi à beaucoup plus long terme. « En 9 mois, on ne reconstruit pas 20 ans de vie ! Nous avons besoin que les entreprises partenaires jouent un rôle dans la compréhension des fragilités sociales des jeunes qui les rejoignent. C’est seulement de cette manière-là que nous pourrons pérenniser leur insertion sociale et professionnelle », précise Eglantine Dewitte.

La Relève : aider les jeunes à trouver leur place dans la société

Dans le Grand-Est, l'association La Relève intervient à Metz pour renforcer la confiance, l'orientation et l'engagement citoyen des jeunes issus des quartiers populaires. Née d'initiatives de solidarité durant la crise sanitaire, l'association identifie des lieux dans lesquels elle peut s’implanter pour proposer des espaces d’accueil, d’échanges et de rencontres. Elle a notamment lancé en 2025 son campus, un lieu de vie ouvert à toutes et tous, où se tiennent entre autres des événements culturels et artistiques, des débats, ainsi que des temps d’échange avec des conseillers en insertion professionnelle, des acteurs éducatifs ou encore des experts du logement.

« Notre campus représente tout ce en quoi nous croyons à La Relève, explique Mehdi Gafour, fondateur de l’association. C’est un espace pensé pour décloisonner les sujets et travailler en transversalité, car nous savons malheureusement qu’une précarité en entraîne généralement d’autres : un jeune avec des difficultés financières ou de mobilité, c’est souvent un jeune plus exposé à des problématiques d’insertion professionnelle ou d’accès aux soins. Et tout cela peut entraîner un isolement qui complexifie encore la situation. Ce que nous voulons, c’est redonner confiance à ces jeunes grâce à un lieu qu’ils puissent s’approprier pour s’exprimer librement, lever les tabous, réaliser qu’ils ne sont pas seuls face à leurs difficultés et reprendre confiance en eux et en leur pouvoir d’agir. »

Après une première année d’existence, le campus a déjà connu plusieurs temps forts et réussites, comme un séjour de 4 jours organisé à Dublin en décembre 2025 qui a permis à 10 jeunes de rencontrer des géants de la tech (LinkedIn, Salesforce, etc.). La Relève a désormais pour ambition d’enrichir les activités et la programmation proposées, tout en essayant de reproduire cet espace dans d’autres quartiers populaires.

L’association a également lancé un projet sur le territoire de Metz et du Nord-Mosellan, en collaboration avec l’association Apsis-Emergence et soutenu par la Fondation de France pour une durée de trois ans. L’objectif ? Identifier les différentes formes de précarité qui touchent les jeunes étudiants (alimentation, mobilité, logement isolement social…) afin de trouver avec eux des solutions adaptées.

Crédit photo : © D.R

(1) Commission de l’insertion des jeunes du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse (2020)
(2) 24e rapport annuel de la Fondation pour le Logement des Défavorisés (2019)
(3) Fédération des Associations Générales Etudiantes