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Inventer demain : 5 ans d’expérimentation, de confiance et de coopération

1 avril 2026

Le programme Inventer demain a été mené par la Fondation de France durant 5 ans avec 23 associations « acteurs clés de changement » pour inventer de nouveaux modes d’action philanthropique plus durables face à l’urgence des besoins sociaux et environnementaux. Marion Ben Hammo, responsable du Laboratoire Inventer demain de la Fondation de France, et Jean-Marie Bergère, président du comité, reviennent sur le bilan du programme à l’occasion de sa clôture.

Le programme Inventer demain a été lancé en 2020 au moment de la crise sanitaire. Quelles initiatives précédentes menées au sein de la Fondation de France vous ont inspirés ?

Marion Ben Hammo : La pandémie de Covid-19 a accéléré le nécessité d’agir collectivement pour répondre à des besoins inédits. Dans ce contexte, les enseignements de deux expérimentations menées par la Fondation de France avant 2020 ont été déterminants dans la construction du programme Inventer demain : « Territoire zéro chômeur de longue durée », et « Démarches participatives ». Ces deux expérimentations ont mis en lumière l’importance de l’action collective et participative pour créer de l’innovation sociale. Il est indispensable de mettre tout le monde autour de la table : fondations, associations, personnes concernées… dans une logique de « faire avec » et non « pour ». Pour les 50 ans de la Fondation de France en novembre 2019, nous avions par exemple organisé les Rencontres « Voix d’avenir » réunissant plus de 150 associations engagées dans des démarches participatives pour une journée d’ateliers et d’échanges autour de la participation. La Fondation de France a cette force : elle facilite la mise en réseau et agit comme un connecteur.

Quels nouveaux modes d'action et nouvelles postures le programme Inventer demain a-t-il favorisés ?

Jean-Marie Bergère : Le programme Inventer demain a réuni 24 structures d’intérêt général travaillant dans des secteurs très différents (éducation, santé mentale, transition écologique, justice, culture…). Ces rencontres entre des acteurs engagés de façons diverses ont permis à tous de se nourrir d’autres expériences et de situer leur action et ses conséquences dans l’ensemble de leur écosystème. Le programme a également permis de repenser les relations financeur-financé. Si on accepte la nécessité d’expérimenter de nouvelles manières de faire plutôt que de vouloir imposer ses « solutions », la confiance réciproque est essentielle. Il faut que les associations se sentent libres de piloter leurs actions sans avoir peur des conséquences sur le soutien dont elles bénéficient si quelque chose ne marche pas. La volonté d’expérimenter concernait également la Fondation de France, préoccupée par sa propre évolution. Cette réciprocité, qui mettait tout le monde sur un pied d’égalité, a surpris au départ. Mais elle a permis d’avoir des échanges d’une rare richesse. C’est ce que le terme de compagnonnage exprime.

MBH : Une des premières choses qui, selon moi, a fondamentalement changé avec ce programme, c’est que l’on a arrêté de penser que la philanthropie devait être dans une logique solutionniste en apportant des solutions clés en main à des problèmes identifiés a priori. Au contraire, le programme a favorisé le questionnement, l’apprentissage et la co-construction collectives entre les acteurs clés de changement et leur écosystème. Avec comme objectif d’expérimenter de nouvelles manières d’agir, en tenant compte de l’imbrication des enjeux et avec une volonté de transformation en profondeur de la société. C’est d’ailleurs en s’appuyant sur les expérimentations du programme que s’est peu à peu construite la nouvelle stratégie des missions sociales de la Fondation de France.  

Comment a évolué cette dynamique de « compagnonnage » depuis 2020 ?

MBH : Cette dynamique s’est mise en place progressivement. Au départ, le fait d’être dans une démarche d’apprentissage mutuel avec la Fondation de France n’allait pas de soi pour les associations, qui ont l’habitude d’être mises dans une posture de bénéficiaire. Il y avait donc un changement de regard à opérer. Dans les premiers ateliers de travail et séminaires, on sentait une certaine perplexité qui s’est peu à peu estompée. La Fondation de France était certes le financeur et l’animateur du programme, mais notre enjeu était d’être reconnu aussi comme un acteur clé de changement. Pour cela, notre équipe de bénévoles et de salariés s’est posé les mêmes questions et s’est engagée comme les associations dans la réflexion collective. Au fur et à mesure, une vraie dynamique de compagnonnage, de réciprocité et de co-construction s’est instaurée. Elle était particulièrement manifeste lors des derniers séminaires que nous avons organisés et est appelée à perdurer au-delà du programme.

JMB : Pour que ce programme fonctionne et permette vraiment ce compagnonnage, il était nécessaire que chacun abandonne sa posture d’expert dans son domaine. Cela demande de se remettre en question, d’être dans l’humilité, l’écoute des autres, de penser « écosystème » plutôt que « spécialité ». Tout le monde a rapidement joué le jeu et constaté que cette dynamique permettait d’avancer, d’inscrire son engagement dans un ensemble plus large, plus riche et plus pertinent.

Trois grands piliers ont structuré le programme : le financement pluriannuel à la structure, évolutif et non fléché, l'accompagnement individuel et personnalisé, et bien sûr la dynamique collective que nous venons d’évoquer. Quel bilan tirez-vous après 5 ans d’expérimentation ?

MBH : Nous avons constaté que le mode de financement à la structure et non au projet était primordial pour permettre aux associations de développer leur activité de manière réellement transformative. Durant les 5 années du programme, ce type de financement a notamment permis à plusieurs associations de financer des fonctions que nous avons appelées fonctions « clé de voûte », très rarement financées par ailleurs. Ces fonctions sont dédiées à la recherche, au développement de partenariats, à la coopération avec l’écosystème… tout ce qui permet à une association de mettre en œuvre une approche visant le changement systémique. L’accompagnement personnalisé, qui est une autre spécificité du programme, a été également unanimement apprécié par les acteurs clés de changement. Nous l’avons abordé comme un vrai dialogue, non pas destiné à proposer des solutions toutes faites mais à se poser les bonnes questions et à trouver des réponses ensemble.

JMB : Concernant la dynamique collective, plusieurs projets co-construits ont vu le jour. Je pense par exemple aux chantiers participatifs mis en œuvre par les associations InSite et Yes We Camp ou encore au projet Restaure, initié par Festin, Les Petites Cantines et Yes We Camp, qui vise à impulser et accompagner la transition sociale, solidaire et éco-responsable du secteur de la restauration. Au-delà de ces partenariats formalisés, il y a également eu beaucoup de synergies plus informelles. Les huit séminaires que nous avons organisés réunissant tous les acteurs clés de changement sur deux ou trois jours, une fois par semestre, ont été de grands moments de réflexion, d’apprentissages et de convivialité.

Suite à la clôture du programme fin 2025, quelles sont les perspectives pour la suite dans le cadre plus large du Laboratoire Inventer demain de la Fondation de France ?

MBH : En tant que programme expérimental et très innovant dans l’écosystème philanthropique, Inventer demain a apporté de nombreux enseignements pour nourrir la nouvelle stratégie de la Fondation de France qui s’incarne aujourd’hui notamment dans les collectifs d’action. À ce titre, plusieurs acteurs clés de changement sont d’ores et déjà soutenus dans le cadre des collectifs, par exemple l’association Ecolhuma par le collectif Nouvelles générations ou l’association Hameaux légers par le collectif Transition écologique juste. Certains ont également fait partie des comités de préfiguration.

D’autre part, nous avons pour ambition de continuer à travailler avec les acteurs clés de changement au sein du Laboratoire Inventer demain, qui a pour vocation de devenir un espace d'expérimentation, de veille et de prospective au sein de la Fondation de France.

Enfin, nous allons continuer à intervenir au sein de l’écosystème de l’intérêt général pour partager notre expérience et les apprentissages du programme qui a eu un rayonnement au-delà du réseau Fondation de France. Inventer demain a permis d’ouvrir des portes. D’autres fondations ont par exemple repris des pratiques du programme et fait évoluer leurs modes d’action. Une thèse sur la philanthropie basée sur la confiance qui s’appuie sur le programme est par ailleurs en cours de réalisation par Marie-Stéphane Maradeix au sein de l’Université Paris Dauphine-PSL. 

Découvrir les apprentissages croisés des acteurs clés de changement

Illustration : Cled'12 / DR

Photos : Lors des séminaires en mai 2024 et mai 2025 réunissant tous les acteurs clés de changement - Crédit : Cécile Gayrard / Fondation de France