Clémence Monvoisin : "Le Facettes Festival est né du désir de fédérer et de changer la manière dont on abordait la santé mentale"
Lancé en 2022 et soutenu depuis sa création par la Fondation de France, le Facettes Festival est un événement culturel dédié à la santé mentale des jeunes de moins de 30 ans. L’enjeu : déstigmatiser le sujet et permettre à celles et ceux qui le souhaitent d’avoir accès à des ressources concrètes. Entretien avec Clémence Monvoisin, Présidente et fondatrice de l'association Innovation Citoyenne en Santé Mentale, à l’origine du festival.
Comment est né le Facettes Festival et comment a-t-il été construit ?
Le Facettes Festival, ce sont deux jours consacrés à une programmation riche et diversifiée autour de la santé mentale des jeunes. Il a été lancé en 2022 par l’association Innovation Citoyenne en Santé Mentale, créée fin 2021 par des jeunes pour apporter des solutions face à la forte dégradation de la santé mentale de la jeunesse dans le contexte d’après Covid-19.
L’évènement a été construit par des jeunes et pour des jeunes dès le départ. Pour cela, une trentaine d’entre nous ont participé à des ateliers collectifs pendant plusieurs semaines pour définir la programmation, réfléchir à l’organisation et à ce que nous voulions trouver dans un festival sur la santé mentale. La déstigmatisation des troubles psychiques a été identifiée comme un enjeu majeur. Pour y répondre, nous avons choisi de mettre en place un espace pluridisciplinaire, dans lequel se rencontrent des personnes de tous horizons : des jeunes concernés par des troubles de santé mentale, des artistes…
Des associations, donc des acteurs de terrain, viennent apporter aux jeunes des outils et des ressources. Nous proposons aussi des enregistrements de podcasts, ou encore des ateliers qui apprennent différentes manières de s'exprimer, notamment via l'affirmation de soi. La présence de personnalités publiques permet aussi d’ouvrir et de libérer la parole sur la santé mentale. Ce sont des interlocuteurs auxquels les jeunes s’identifient aisément, et avec lesquels ils vont pouvoir dédramatiser certaines questions. Nous proposons enfin des spectacles de théâtre, du stand-up, des concerts…
Pourquoi avoir choisi le format de la fête ?
Imaginer un événement festif pour parler du sujet complexe de la santé mentale est parti du désir de fédérer et de changer la manière dont on abordait ce sujet. Nous avions envie de montrer qu’il y avait une autre manière d’en parler, plus optimiste, en valorisant l’engagement des jeunes. C'est le cœur de l'expérience : montrer que, mêmes s’ils vont mal, les jeunes ne restent pas les bras croisés. Ils créent des projets, montent des initiatives et s’efforcent de changer le monde. Au-delà de sa dimension festive, l’accessibilité de l’événement est donc un point essentiel sur lequel nous travaillons toute l’année. Nous souhaitons créer un cadre sécurisant où les personnes qui ne sont pas habituées à se rendre dans des milieux festifs se sentent à l’aise, par exemple les personnes à mobilité réduite ou celles qui ont des besoins sensoriels particuliers.
Quels sont les enjeux spécifiques à la santé mentale des jeunes ?
Il y a plusieurs enjeux : d'abord, la prise en considération de leur parole. Dans le débat et l’espace publics, la parole de la jeunesse n’est pas suffisamment prise en compte, il y a peu de tribunes dans lesquelles les jeunes peuvent s'exprimer. Ils ne sont pas toujours entendus, déjà en raison de leur âge, et encore plus lorsqu’ils présentent des troubles de santé mentale.
Le deuxième enjeu concerne l’accès aux soins, notamment primaires. Les jeunes ont assez peu accès à des professionnels, notamment en raison de contraintes financières. Contrairement à d’autres pays, la France manque fortement d’espaces de premier recours. Ces lieux sont pourtant essentiels, car c’est en appréhendant tôt les troubles qu'on évite leur passage à un stade chronique et pathologique, et que l’on augmente les chances d’un rétablissement rapide et solide.
Comment mesurez-vous l’impact du Facettes Festival ?
Dès la première édition, il a été capital pour nous de mesurer notre impact, d’une part pour voir si nous étions sur la bonne voie, et d’autre part car nous voulions démontrer que le Facettes Festival n'était pas uniquement deux jours de fête, mais bien un projet d'innovation sociale. La première étape a donc été de créer un référentiel d'évaluation, en nous inspirant pour cela de la littérature scientifique internationale sur le sujet, et en comptant sur l’accompagnement d’évaluateurs extérieurs.
Notre mesure d'impact est articulée autour de trois axes : d’abord, le développement des connaissances sur la santé mentale. On démontre que participer à ces deux jours permet d'acquérir des connaissances durables sur le sujet, en découvrant des ressources concrètes. Le deuxième axe concerne le développement des compétences, notamment psychosociales. C'est tout l’objectif des ateliers : développer les compétences psychosociales chez les jeunes qui y participent. Le troisième aspect est l’exploration du lien social comme vecteur de prévention et de promotion de la santé mentale. Nous démontrons que le caractère fédérateur de l'événement est un soutien au processus de rétablissement des personnes.
Nous mesurons aussi bien l'impact sur les festivaliers que sur les bénévoles, car ces derniers sont aussi bénéficiaires de l'action du Facettes Festival :par leur engagement en construisant cet événement et en le mettant en œuvre pendant deux jours, mais aussi dans les mois qui suivent, où nous constatons un nouvel impact positif qui vient servir leur propre rétablissement.
La Santé mentale a été désignée Grande cause nationale en 2025, reconduite en 2026. Qu’est-ce que cela vous a apporté dans vos actions ?
Cela a été l’opportunité pour des acteurs de la société civile de se réunir pour porter un plaidoyer commun. Un collectif a vu le jour, le Collectif Santé Mentale Grande Cause Nationale, dont l'association Innovation Citoyenne en Santé Mentale fait partie. Elever la santé mentale au rang de grande cause nationale permet aussi, en tant qu’acteurs de terrain, de donner plus de visibilité à nos actions. Mais il est encore tôt dans le processus : nous attendons que des moyens soient mis sur la table, avec de la coordination aux différents niveaux des politiques publiques et de santé publique.
Que vous apporte le soutien et l’accompagnement de la Fondation de France ?
Le soutien de la Fondation de France, qui a fait confiance et a soutenu le projet dès sa création, a été fondamental. Cela a été un signe fort, et un moteur d'engagement supplémentaire pour nous. Aujourd'hui, la Fondation de France continue de nous soutenir et nous en sommes ravis : cela nous permet d'aller plus loin dans l'approfondissement de nos actions, et notamment d'engager des démarches pour aller au plus près des jeunes éloignés des dispositifs de prévention et de soin. Notre association se retrouve aussi parfaitement dans les nouveaux axes stratégiques choisis par la Fondation de France, et la création du collectif d’action Santé globale, qui met les patients au centre des dispositifs de santé.
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