Christophe Salmon : « Agir sans attendre et de manière durable contre la pauvreté des enfants »
Le délégué général de la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale revient sur le programme national en faveur de l’enfance défavorisée lancé par la fondation en juin dernier. Un engagement fort qui se veut à la hauteur des besoins.
Pour quelles raisons la Fondation Crédit Mutuel Alliance Fédérale a -t-elle décidé de lancer un grand programme en faveur de l’enfance défavorisée ?
Chaque jour en France, plus de deux mille enfants dorment dans la rue et des milliers d’autres vivent sous le seuil de pauvreté. De manière empirique, nous avions déjà commencé à adapter les aides pour répondre aux besoins spécifiques des enfants, notamment alimentaires et en termes d’accueil. Mais, face à l’augmentation des situations de précarité des familles et la baisse des moyens dont disposent les associations pour y répondre, nous avons voulu aller plus loin. À la faveur du dividende sociétal –chaque année, le Crédit Mutuel mobilise 15 % de ses bénéfices pour soutenir des initiatives d’intérêt général–, nous avons lancé un programme d’ampleur pour l’enfance défavorisée. L’objectif est de créer une coalition d’acteurs pour agir ensemble de manière complémentaire. Il est doté de 17 millions d’euros et réunit à nos côtés 7 grandes ONG* qui agissent sur le terrain, chacune dans un domaine spécifique.
Quelle est la stratégie d’action de ce programme ?
Pour lutter de manière durable contre la pauvreté des enfants, nous souhaitons agir dès le plus jeune âge pour éviter que les inégalités ne s’installent et ne se reproduisent à l’âge adulte. C’est pourquoi nous développons un accompagnement global des enfants et de leur famille sur 3 axes complémentaires : l’hébergement, l’alimentation et la santé, et l’accès aux droits. Le programme concilie deux temporalités d’action : dans l’urgence et sur le temps long, au travers d’une approche préventive pour éviter par exemple que les familles ne retournent à la rue. Pour être immédiatement opérationnels nous avons choisi de nos appuyer sur le savoir-faire et la capacité de logistique des grandes ONG engagées sur ces enjeux. Le plan a donc été co-construit avec elles pour initier de nouveaux projets. Parallèlement, certains projets qui étaient en attente ou mis à l’arrêt faute de financement ont pu être relancés. Il y a quelque chose de paradoxal à voir l’augmentation des situations de précarité et, dans le même temps, la nécessité pour les associations de faire des arbitrages faute de moyens. C’est à cette problématique que nous avons souhaité répondre.
Quel est le premier bilan après 8 mois d’actions ?
Nous sommes ravis de voir que les actions ont pu être déployées rapidement. A titre d’exemples, le premier centre de santé dédié aux enfants victimes de maltraitance porté par l’association Im’Pactes, a vu le jour en décembre dernier. Médecins du Monde a pu relancer tout de suite ses activités de médiation en santé auprès de jeunes mineurs non accompagnés. Le Secours Catholique a ouvert une nouvelle maison des familles à Marseille qui accueille les femmes et les enfants et met en place des soutiens pour le maintien dans le logement. A Bagnolet, près de 120 personnes vivant à la rue ont pu trouver refuge dans un nouveau centre d’urgence géré par Utopia’56. Et les Restos du cœur ont pu renforcer leur aide alimentaire auprès de plus petits et déployé de nouveaux espaces dédiés à la petite enfance.
Au-delà des solutions mises en place, ce plan a eu également pour effet de redonner confiance aux bénévoles qui agissent au quotidien. Le fait qu’un grand mécène leur donne les moyens d’agir a légitimé, s’il le fallait, l’importance de leur engagement et les encourage aujourd’hui à continuer.
(*) Im’pactes, Médecins du Monde, Les Restos du Cœur, le Secours Catholique, le Secours Populaire, Utopie 56, la Cimade.