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Aide Sociale à l’Enfance : que peut la philanthropie ?

18 février 2026

Le 16 décembre dernier, le collectif d’action Nouvelles générations de la Fondation de France organisait, à la Fondation des Apprentis d’Auteuil, une rencontre consacrée à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) et au rôle que peut jouer la philanthropie.

Dans un contexte marqué par une crise profonde de l’Aide Sociale à l’Enfance – près de 400 000 jeunes concernés et des conditions d’accueil de plus en plus fragilisées par le manque de moyens – cette journée a réuni une centaine d’acteurs engagés : associations, pouvoirs publics, philanthropes et chercheurs.

« Acteur historique de l’aide à l’enfance vulnérable, la Fondation de France a soutenu des projets auprès des enfants placés, des jeunes dans le cadre de la sortie de l’ASE et les mineurs non accompagnés. Face à la situation actuelle de l’ASE, il est essentiel de questionner les modes d’action de la philanthropie », a souligné en ouverture Juliette Louis-Servais, responsable du collectif Nouvelles Générations.

La première partie de la rencontre était consacrée à la restitution de l’étude menée sur le dispositif des Bourses aux jeunes majeurs sans soutien familial, porté pendant près de 25 ans par la Fondation de France, en partenariat avec le Laboratoire d’évaluations des politiques publiques et des innovations (LEPPI). Ce dispositif visait à soutenir financièrement les jeunes de 18 à 25 ans sortant de l’ASE, afin de sécuriser leur poursuite d’études ou leur insertion professionnelle. Permis de conduire, équipement informatique, premier logement ou gestion des imprévus : ces aides ont constitué un levier décisif pour de nombreux jeunes.

Si l’attribution individuelle des bourses s’est arrêtée en 2024, le dispositif se poursuit désormais dans huit territoires via le soutien à des consortium d’associations pour répondre aux besoins des jeunes les plus précaires. L’étude recommande notamment d’étendre ce modèle d’aide tout en l’inscrivant dans un accompagnement global qui prenne en compte l’ensemble des vulnérabilités.

La rencontre a également interrogé le rôle de la philanthropie face à la diminution de l’aide publique et aux inégalités territoriales – l’ASE étant gérée par les départements. Dans les Hauts-de-France, la Fondation du Nord, fondation territoriale abritée à la Fondation de France, s’est ainsi mobilisée en lançant en 2026 un appel à projets dédié aux jeunes sortant de l’ASE. « Nous soutiendrons des initiatives favorisant un accompagnement global : logement, emploi, formation, mais aussi santé mentale, sport et culture, en faisant coopérer des acteurs d’horizons différents », explique Aurélie Rabouille, chargée de projet.

Incarnant cette nécessité de repenser l’accompagnement des enfants placés de manière plus humaine, Hamza Bensatem, lui-même ex- enfant de l’ASE est venu partager son expérience. « C’est très difficile de se construire quand tout change tout le temps. Beaucoup d’enfants jugés difficiles vont de foyer en foyer, changent de lieu, d’éducateurs, de repères… Tout ça ne permet pas l’attachement et augmente les fragilités. On oublie trop souvent l’essentiel : le besoin d’amour, d’attention, une présence humaine qui rassure. » confie Hamza Bensatem qui a pu grâce à une rencontre bienveillante trouver la force de croire en son avenir. Agé de 23 ans, il est aujourd’hui président et pair aidant de l’APEPAPE 13, une association départementale d'entraide des personnes accueillies en protection de l'enfance.

Une table ronde a ensuite invité à réfléchir collectivement à la place que la philanthropie pouvait occuper auprès des professionnels de l’ASE. Elle s’est notamment appuyée sur les préconisations d’une note co-construite par le think tank VersLeHaut et le Leppi, commandée par la Fondation de France. Cette étude met en avant le rôle essentiel des fondations pour développer l’innovation et des coopérations. Pour Jérôme Aucordier, directeur de l’association Lieu de vie Colibri : « les fondations n’ont pas vocation à remplacer le régalien, mais elles peuvent encourager la réflexion collective et le partage d’expériences. En France, il y a 101 départements et autant de politiques de protections de l’enfance, il faut développer la mise en commun des connaissances et des expérimentations et créer de espaces de diffusion de ces bonnes pratiques ». Parce qu’elle travaille sur le temps long, la philanthropie serait également en capacité d’accompagner les professionnels de terrain qui face aux problèmes qu’ils rencontrent, développent des solutions alternatives de manière isolée : « Il faut avoir du temps pour prendre de la hauteur et réfléchir à de nouvelles pratiques. Les professionnels ont beaucoup d’idée, il faut les soutenir dans leur mise en œuvre » explique ainsi Aude Kerivel, directrice du LEPPI.  

En soutenant l’expérimentation, l’innovation et le partenariat entre acteurs, la philanthropie pourrait ainsi contribuer à améliorer durablement les parcours des enfants placés, qui le rappelle Jérôme Aucordier : « ne sont pas les enfants de l’ASE mais les enfants de tout le monde ».